Bohui Noël-Pol le « Rizicologue », un passionné de riz
L’homme dont j’ai décidé de parler est un passionné du riz, au sens large du terme. Le riz, depuis sa culture jusqu’à sa consommation, n’a aucun secret pour lui. En plus, il se bat pour faire la promotion de la consommation du riz cultivé localement en Côte d’Ivoire, car selon lui, le pays regorge d’énormes potentialités pour en produire en grande quantité et ainsi atteindre l’autosuffisance en riz. Je vous invite donc à découvrir Pol Le « Rizicologue », ses activités, ses difficultés, mais aussi ses espérances.
Il se nomme Bohui Pol Noël-Leguy. Il est un passionné de riz. Il le proclame tous les jours sur son compte Facebook. Il utilise des expressions propres qu’il a inventées pour montrer son amour pour le riz. Tous les matins, indiquant l’heure, il salue ses abonnés en des termes spéciaux tels que : » Rizijour » à tous les « Rizilandais ». Il fait le même exercice les soirs. Il a donc inventé des mots dont le radical est le « riz ».
Il signe ses publications sur le réseau social depuis un certain temps, de cette façon : « C’est une affaire du Riz de chez-nous. Je suis POL le Rizicologue. Je suis Rizilandais. Riziland c’est chez-nous. Le Riz de chez-nous, c’est ma vie ».
Pol Bohui Noël-Leguy est un homme d’une quarantaine d’années. Il est marié et père d’un enfant. Il est agro-entrepreneur dans le domaine du riz, basé à Sinfra, qui selon lui, dispose de plus de 25. 000 hectares de terres propices à la production du riz. Il se surnomme ‘’Pol le Rizicologue’’.

Pol est du groupe ethnique Béthé, un peuple du Centre-Ouest de la Côte d’Ivoire dont le riz est la nourriture de base. Il s’est donné pour mission de faire en sorte que le riz de chez nous devienne une priorité pour les ivoiriens. Il espère atteindre l’autosuffisance en riz dans notre pays. Pour ce faire, il se bat comme il peut avec ses moyens de bord notamment les réseaux sociaux.
Notre ami dit avoir commencé à s’intéresser à l’entrepreneuriat dans le riz par le commerce de ce produit cultivé localement depuis 2004. Cette expérience s’est malheureusement soldée par un résultat négatif. Il précise cependant que sa passion pour cet aliment remonte à 1994. Il s’est ensuite tourné vers la vente du riz importé à partir de 2005. Il n’avait pas de magasin de riz à lui-même. Il était alors démarcheur de certains grossistes. Il a fait cette activité jusqu’en 2012 où il s’est à nouveau tourné vers le riz local. Avec quelques économies mises de côté de sa collaboration avec les grossistes, en 2008, il ouvrait, en partenariat avec un couple, un magasin de vente de riz du côté de Yopougon Niangon Sud. Ses commissions étaient comprises entre 100 à 300 F CFA.

Quand survient la crise post-électorale qu’a connue la Côte d’Ivoire en 2010-2011, son activité prend encore un coup. Il se relance en 2012 sans pour autant connaître le succès escompté. Il décide alors de s’imprégner véritablement de la filière du riz local. Il se rend donc dans certaines villes du pays comme Man où il touche du doigt les réalités sur le terrain. Il pousse son engagement pour le riz en commençant à le cultiver avec des amis. Ils font de la location ou du métayage avec les communautés villageoises auprès de qui ils obtiennent les terres.
A partir de cette expérience, Pol comprend les difficultés que rencontrent les producteurs du riz local.
Il nous informe que la filière qui compte environ 800 000 riziculteurs, est un peu à la traîne. Elle n’est pas organisée et les producteurs se débrouillent comme ils peuvent. Ils utilisent encore des outils rudimentaires. Aucun fonds n’est mis à leur disposition pour aider à financer leur activité. On observe un retard dans la mise à disposition des semences et des produits d’entretien. Il y a des régions où ils n’en reçoivent pas du tout.

Le tableau n’est cependant pas sombre à tout point de vue. Le gouvernement a affiché sa volonté de développer la filière avec des actions qu’il a posées, en l’occurrence la construction de rizeries de grandes capacités, allant de 2 tonnes à 5 tonnes à l’hectare et l’aménagement de certains bas-fonds pour la culture du riz. Ainsi la création d’un ministère chargé de la promotion de la culture du riz avait suscité un réel espoir dans la filière. Malheureusement ce ministère a disparu avec les derniers remaniements ministériels.
A la question de savoir s’il existait une politique du riz en Côte d’Ivoire, Pol le Rizicologue affirme que le gouvernement avait élaboré une stratégie nationale de développement de la filière pour la période de 2012 à 2020 dont l’objectif visé se déclinait en trois points :
Il s’agissait d’une part de produire pour couvrir la totalité des besoins de consommation de 2012 à 2016 ; d’autre part, de constituer un stock de sécurité ou de régulation de 2016 à 2018 et enfin de devenir un pays exportateur à partir de 2018. Cette politique était censée générer des activités hautement génératrices de revenus, permettre d’obtenir des produits compétitifs, aider la filière à atteindre une sécurité alimentaire et lutter donc contre la pauvreté.
Le Document de la stratégie du riz en Côte d’Ivoire de 2012 à 2020 est consultable par ce lien : http://www.ondr.ci/sndr_2012-2020.php
Un nouveau document stratégique a été annoncé par le gouvernement en 2020 et visait l’atteinte de l’autosuffisance en riz en 2025 et son exportation à partir de 2030.
Des points positifs existent dans la filière bien qu’il y ait beaucoup à faire. Le marché est aujourd’hui fourni en riz local de bonne qualité, bien traité, sans cailloux, sans débris végétaux, etc., bien parfumé au goût excellent, bien conditionné, labellisé, et à des prix intéressants.

Pol affirme avoir de bons rapports avec les représentants de l’ADERIZ (Agence de Développement du Riz) et compte mettre cela à profit pour améliorer ses activités dans la filière.
La promotion du riz local de qualité pour que les ivoiriens le consomment est la principale activité de Pol le « Rizicologue ». Il veut engager les producteurs, acteurs majeurs de la filière et les transformateurs à adopter les bonnes pratiques qui permettront d’avoir du riz local de qualité. Pour cela, il s’engage également à développer des marchés locaux, principalement dans les zones de grandes productions comme à Sinfra où notre ami a déposé ses valises et outils de travail depuis quelques temps, pour la commercialisation du riz produit localement.
Trouvez par ce lien, un article de présentation de l’ADERIZ http://www.ondr.ci/ondraderiz.php

La côte d’Ivoire regorge, selon Pol le « Rizicologue », de plusieurs zones de production divisées en 10 bassins de production ou pôles de développement rizicoles. Il affirme par ailleurs que le riz est produit partout en Côte d’Ivoire avec cependant, des régions ayant de grandes potentialités rizicoles que sont : le Tonpki, le Cavally, Le Guemon, la Nawa, l’Agnéby-Tiassa, le Gôh, la Bagoué, le Folon, le Tchologo et le Kabadougou. C’est selon lui une chance pour le pays s’il veut véritablement atteindre l’objectif de l’autosuffisance en riz.
Sur l’atteinte de l’autosuffisance en riz en Côte d’Ivoire, consultez cet article en ligne du journal le monde https://www.lemonde.fr/afrique/article/2019/12/16/le-long-chemin-de-la-cote-d-ivoire-vers-l-autosuffisance-en-riz_6023093_3212.html
Pour atteindre donc cet objet, notre ami préconise les actions suivantes :
– L’accessibilité et une disponibilité de semences saines à haut rendement. Cela nécessite la création de centres semenciers dans les zones de production de riz ;
– La mécanisation de la filière ;
– La réhabilitation des périmètres rizicoles et faire de nouveaux aménagements ;
– La mise en place d’un fonds dédié au financement de la production ;
– La formation et le renforcement des capacités des acteurs de la filière ;
– La mise en place d’un mécanisme pour inciter les importateurs à financer toute la chaîne des valeurs. Cet outil pourrait attirer d’autres investisseurs ;
– La réglementation et la régulation de la chaîne de distribution.

Enfin, notre « rizicologue » pense que la Côte d’Ivoire est un pays qui a de véritables atouts pour produire suffisamment le riz et que cela pourrait couvrir les besoins de la consommation. Ce qui pourrait transformer les vies des acteurs de toute la chaine de production car il y existe de nombreuses opportunités d’emplois que cette filière peut créer. L’espoir existe dans la filière. Elle constitue une mine d’or pour les investisseurs parce que le marché du riz alimentaire se côtoie avec celui du riz non-alimentaire. Il encourage aussi et pour finir, les producteurs et les distributeurs à fédérer leurs forces pour la mobilisation de fonds aux fins de financer leurs activités en attendant que le gouvernement se décide à le faire.
Pour découvrir quelques opportunités et difficultés de la filière du riz en Côte d’Ivoire, lire cet article : https://blogs.worldbank.org/fr/nasikiliza/le-riz-source-dopportunites-en-cote-divoire-ndeg4-la-difficile-recherche-de-moulins
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